2005/09/04

 

Les propagandistes

Les propagandistes
par Silvia Cattori

Etre humain c’est être présent à l’instant même où l’on sait que des humains, quels qu’ils soient, sont sauvagement violentés par plus forts qu’eux. Or tout le monde ne l’entend pas de cette oreille.

Il y a, dans toutes sortes d’arènes médiatico-politiques - en France surtout - une « intelligentsia » fondamentalement anti-arabe et anti-musulmane, qui a toute latitude de monopoliser la parole et dont les prises de positions imposent une lecture biaisée de l’horrifiante réalité au Moyen-Orient et en Afghanistan. Son influence - qui s’étend par cercles concentriques, parfois bien au-delà de l’Hexagone - pèse d’un poids décisif dans l’orientation de l’opinion et les décisions politiques.

Ainsi, quelques propagandistes, sans problèmes de conscience ni considération humaine, quand il s’agit de déformer les faits dans le sens de leurs objectifs, peuvent - au détriment d’une réflexion équilibrée - donner une vision tronquée et mensongère, dicter une manière de voir et d’exclure à « l’israélienne », instruire des procès contre ceux qui défendent des thèses opposées.
Ils sont bien connus du public. En France, ils sont de toutes les tribunes culturelles et politiques. Ils s’appellent, notamment, Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann [1]. Ils ne sont, a priori, ni de droite ni de gauche. Ils sont centrés sur leur cause : la défense d’Israël et l’éradication de ceux qu’ils qualifient « d’antisémites ».

Ils s’émeuvent quand il y a des victimes en Israël mais se refusent à toute compassion quand les victimes sont arabes [2]. Et, lorsque leur parti pris communautariste est mis en question, ils se prévalent du poids de la Shoah, invoquent la « judéophobie », ce qui met automatiquement leurs contradicteurs dans la position de coupables.

Or, il n’y a pas dans nos sociétés, de « haine du juif » comme ils l’affirment à cor et à cris. « Il est plus que temps de le dire, à haute et intelligible voix : de toute l’histoire juive (…) il n’y a jamais eu d’époque aussi dénuée d’antisémitisme que la nôtre. Jamais les juifs n’ont connu période plus favorable que la période actuelle. » Ran Ha Cohen ne pouvait mieux dire ! [3]

Par contre, ce qui est palpable, réel et difficile à tolérer, c’est la haine et la méfiance à l’égard des Arabes et des musulmans. Haine et méfiance qui s’expriment à toute occasion. Comme lors de la visite à Paris du Premier ministre Ariel Sharon, où celui-ci a pu déclarer publiquement sans susciter de réaction : « Ma mère m’a donné un conseil, qui fut un phare tout au long de ma vie. Ma mère me disait (…) ne crois absolument pas les Arabes". Effectivement, j’ai suivi ce conseil tout au long de ma vie active. » [4] Propos raciste s’il en est, de surcroit prononcé dans un pays qui proclame lutter contre le racisme et les discriminations raciales. Imaginez quelle tempête aurait provoqué un chef d’État arabe, et a fortiori européen, qui se serait permis de déclarer que sa mère « lui avait toujours conseillé de ne jamais croire les juifs » !

N’y a-t-il pas dans une démocratie – du moins telle qu’on nous la chante - un code moral, une éthique, des exigences de probité et d’intégrité auxquels aucune situation politique, n’autorise à déroger ?

La guerre d’Israël contre les Palestiniens dure depuis plus d’un demi-siècle. Si Israël respectait la légalité, se retirait des territoires qu’il colonise, se soumettait aux résolutions de l’ONU, il serait possible d’instaurer la paix rapidement. Or, Israël veut gagner du temps et du terrain, par la continuation de la guerre.

Dès 2000 – moment où Israël a considérablement durci sa politique de coercition - il y a eu une large prise de conscience de l’opinion sur le caractère brutal de sa politique d’apartheid. Ici, nos propagandistes inféodés à Israël ont immédiatement senti le danger et organisé la contre-attaque.

Ne pouvant argumenter sur le plan du droit, ils ont tout de suite cherché à sauver les meubles, et à masquer des décennies de crimes et de tromperies historiques et politiques, en pointant du doigt le port du voile, l’Islam, le « fanatisme arabe », donnant ainsi corps et vie à la théorie du prétendu « choc de civilisations », chère à Tel Aviv et Washington. Théorie, qui ne sert qu’à justifier des guerres impitoyables dont l’État d’Israël est le premier bénéficiaire.

Tandis que, lavés du sang arabe qu’ils ont sur les mains, Barak, Peres, Sharon, ont été successivement présentés comme « des hommes de paix », les jeunes Arabes qui brûlent le drapeau israélien pour protester contre les tueries de Palestiniens et parce qu’ils croient au droit de leurs peuples à décider de leur destin, sont eux, désignés à la vindicte. Il n’est bien sûr pas question pour cette intelligentsia d’établir un lien entre les actes de vengeance d’humiliés - qu’elle appelle « terroristes » - et la violence des armées étatiques qui les poussent aux extrêmes.

En novembre 1967, lors d’une conférence de presse, le Général de Gaulle prenait acte de l’occupation armée israélienne de territoires arabes et prévoyait en substance : « Cette occupation provoquera une réaction de résistance naturelle que les forces d’occupation ne parviendront pas à juguler et qu’ils qualifieront de terrorisme ». C’était il y a 38 ans.

Faut-il vraiment s’étonner que des jeunes gens, jetés au désespoir par l’enfer et les souffrances générées par ces guerres injustes, finissent par se faire exploser ? N’est-ce pas ce que les propagandistes, payés pour jeter de l’huile sur le feu, ont insidieusement cherché ?

Ce ne sont ni les « antisémites » imaginaires, ni les « terroristes » musulmans, qui « menacent les juifs ». Ce sont les armées de Sharon, Bush, Blair, qui terrorisent et ensanglantent la terre entière.

Le jour où, partout dans le monde, les propagandistes inféodés à Israël cesseront de dénaturer la vérité et de qualifier de « terrorisme » toute forme de résistance à l’oppression coloniale, le jour où Israël ne disposera plus ni du soutien de Washington, ni de la bienveillance des états et des médias occidentaux, et qu’il aura l’humilité de reconnaître ses torts vis-à-vis des Palestiniens, ce jour là, il n’y aura plus de raisons pour les Arabes, les musulmans, ni pour quiconque, de se révolter. Mais jusque là, hélas, le monde va continuer de vivre dans la violence et la peine.

Jusqu’à quel point ces jusqu’au-boutistes en parfait accord avec la politique sioniste n’ont-ils pas contribué, par leurs thèses partisanes, à manipuler l’opinion en faveur d’une idéologie contraire aux lois internationales, et à favoriser des guerres illégales qui ont conduit au cauchemar auquel nous sommes présentement confrontés ?

Pourtant, le fait qu’Israël se soit défini comme « État juif » ne devrait pas conduire automatiquement les Français nés dans des familles juives, à se sentir solidaires de sa politique. Pas plus que les Français nés dans des familles chrétiennes ne se sont crus obligés de soutenir des dictateurs catholiques en Argentine, au Chili, etc. « Juif » n’est pas une race, n’est pas une ethnie, n’est pas une nationalité (en dehors d’Israël). Cela se rapporte à une religion. À la sphère privée. Un citoyen suisse ou français de confession juive n’est en rien différent, aux yeux des non-juifs, d’un citoyen suisse ou français, de confession catholique, protestante ou musulmane.

Qui a intérêt à orchestrer des campagnes de mise au ban de la société de tel ou tel contradicteur, sous prétexte « d’outrance anti-juive », de « négationnisme », de « révisionnisme ? » Mais d’abord, qui sont les négationnistes par excellence ? Ceux qui défendent le droit des Palestiniens à exister sur leur terre ou ceux qui leur nient un droit de retour [5], qui nient la politique meurtrière d’apartheid et d’épuration ethnique d’Israël, et qui font l’impasse sur les persécutions et les assassinats qui endeuillent chaque jour des familles en Palestine, en Afghanistan, en Irak ? [6]

Ce n’est un secret pour personne. L’épouvantail de « l’antisémitisme » et le rappel incessant de l’Holocauste servent à jeter le voile sur les crimes perpétrés par un Etat qui s’est construit sur des biens volés et l’épuration ethnique des Palestiniens, commencée en 1948, toujours en cours. Leur sort terrifiant nous touche en permanence.

Innocenter un État qui pratique la discrimination raciale, qui ne connaît que la force des armes et la brutalité, qui contrevient à toutes les lois humanitaires, qui refuse de se conformer aux principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ce n’est pas une posture acceptable.

Les médias qui ont fait le renom et les succès d’édition de ces soit disant « philosophes » ont joué avec le feu. On est en droit de leur demander des comptes !

De quel magistère moral peuvent bien se prévaloir les Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner, André Glucksmann, pour décider de ce qui peut être dit et pas dit et, plus grave, ostraciser tous ceux qui refusent de voir le monde à travers leurs lunettes partisanes ? Quelle qualification ont-ils pour s’attribuer le pouvoir de juger et de condamner ? La liberté d’expression ne peut-elle donc s’exercer qu’en Israël ou des intellectuels, tel Ilan Pappe, Gilad Atzmon et Israël Shamir, peuvent, sans se brider, dénoncer sévèrement la politique inique de leur pays ?

Quand vous demandez à ceux qui, ces vingt-cinq dernières années, ont été victimes de cabales : « Qui était à l’origine des calomnies qui vous ont détruit, mis au ban de la société ? », les personnages constamment cités comme s’étant particulièrement acharnés à les diffamer publiquement et à les détruire, sont : André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut.

Comment lutter contre leurs manipulations, rétablir un semblant de vérité ? Ceux qui - comme l’humoriste Dieudonné ou l’intellectuel Tariq Ramadan - ont osé le tenter, l’ont chèrement payé [7].

Néanmoins, même si leur emprise sur l’opinion a pu retarder une indispensable prise de conscience, ils n’ont pas pu totalement empêcher les gens de s’émanciper, de penser par eux-mêmes, ni de se tourner vers les médias alternatifs [8].

Le récent sondage, qui a révélé qu’une majorité d’Européens considéraient Israël et les Etats-Unis comme les principaux dangers pour la paix du monde, l’a bien montré. Le mythe de « l’unique démocratie du Moyen-Orient » et du bon soldat de Tsahal, se noie aujourd’hui dans le sang. C’est précisément, cette prise de conscience qui inquiète les thuriféraires d’Israël et les pousse à hausser encore le ton !

C’est pourquoi, il ne faut pas avoir peur de dire que les sketches de l’humoriste Dieudonné, les aphorismes décapants d’un Alain Soral, l’argumentation d’intellectuels comme Tariq Ramadan, la pensée complexe de sociologues comme Edgar Morin, l’information de journalistes intègres comme Charles Enderlin [9] et Alain Ménargues [10], toutes ces voix que l’on veut faire taire, sont des voix irremplaçables ! Des voix qu’ils convient de protéger vigoureusement, car elles peuvent contribuer à contrebalancer quelque peu le discours partisan d’intellectuels au service d’une idéologie raciste et à rétablir un certain équilibre des points de vues exprimés.

Nous devons avoir présent à l’esprit que la bataille pour rendre justice aux opprimés en Palestine et en Irak se joue d’abord ici, chez nous : sans une forte pression de l’opinion internationale sur Israël et les États-Unis, il n’y a pas d’espoir que ces peuples puissent jamais obtenir réparation et reconnaissance de leurs droits.

Soutenir ces guerres porteuses de malheurs revient à étouffer le cri de tous les peuples qui en sont les victimes. Cela nous ne pouvons pas humainement et moralement l’accepter.

Ceux qui sont engagés dans ce combat, avec bonté, avec compassion, avec amour, doivent savoir qu’ils ne sont pas nombreux. Et que, s’élever contre les propagandistes qui brandissent l’anathème de « l’antisémitisme » et du « négationnisme », pour prendre publiquement la défense de ceux qui sont injustement vilipendés, est une urgence.

Silvia Cattori
Journaliste suisse.

[1] Désignés « nouveaux philosophes » par Laure Adler : « Ce qui a permis de vendre des livres, qui était le but de l’opération » avouait cyniquement Françoise Verny ; qualifiés par la suite de « nouveaux chiens de garde » (Serge Halimi), de « philosophes à la pensée nulle » (Gilles Deleuze), de « nouveaux imposteurs », de « nouveaux réactionnaires », etc, ils n’en ont pas moins abusé de la bonne foi de générations de lecteurs.

[2] Ils ne se sont jamais exprimés quant au sort terrifiant infligés aux Arabes et aux Musulmans victimes de sévices barbares, à Abu Graib, à Guantanamo et en Israël.

[3] Voir site : www.Antiwar.com

[4] Ces propos ont été tenus le 28 juillet 20005 à Paris en présence de la « communauté juive ».

[5] La population de réfugiés palestiniens est la plus grande du monde. En 2005, d’après les statistiques de l’UNRWA, ils se répartissaient ainsi : 4, 2 millions. Dont 1,7 en Jordanie ; 861 645 dans la bande de Gaza ; 687 542 en Cisjordanie ; 424 650 en Syrie ; 400 582 au Liban.

[6] Quand G.W.Bush menaçait d’intervenir en Afghanistan, on a entendu sur Arte B-H. Lévy et A. Adler, proclamer leur entier soutien à la guerre qui allait « libérer les femmes musulmanes de la burka ».

[7] Voir sur Ramadan : http://www.politis.fr/article716.html Voir sur Dieudonné http://www.oulala.net/Portail/article.php3 ?id_article=1828

[8] Internet est devenu le canal d’information le plus prisé des lecteurs qui veulent avoir accès à une information indépendante, à l’abri de toute censure ou autocensure.

[9] Charles Enderlin est depuis 2001 diffamé - notamment par Alain Finkielkraut et le mensuel du judaïsme français L’Arche, - pour avoir attribué à l’armée israélienne l’assassinat de l’enfant Mohammed Al Dura.

[10] Alain Ménargues a été injustement licencié de son poste de vice-directeur de RFI peu après la publication de son livre : Le mur de Sharon. Paris, Presse de la Renaissance, 2004.


  • http://www.voltairenet.org/article127233.html







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    Alexandre Adler : Expert en variations et médiacrate tous terrains

    Les facéties d’Alexandre Adler : Expert en variations et médiacrate tous terrains

    par Mathias Reymond

    « Vous occupez, pour longtemps, toutes les places, votre réseau contrôle toutes les voies d’accès et refoule les nouveaux, le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini. » [1]

    Pour éclairer ces propos de Guy Hocquenghem, adressés à ceux qui ont procédé à « la lente pédagogie du renoncement », revenons sur la carrière exemplaire du fastidieux Alexandre Adler dont l’ampleur des variations idéologiques et partisanes n’a d’égale que la quantité de souliers cirés : une souplesse de l’échine qui passe, dans les médias qu’il squatte, pour un signe d’agilité de la pensée.

    Un parcours médiatique « exemplaire »

    Né le 23 septembre 1950 à Paris, Alexandre Adler est un ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm ; il est agrégé d’histoire, auditeur à l’Institut des Hautes Études de Défense nationale (IHEDN), professeur pour l’enseignement militaire supérieur détaché au ministère de la Défense.

    Après avoir côtoyé Libération et ses ex-maos (de 1982 à 1992), Adler volera du Point à L’Express en passant par l’Expansion avant de s’associer à Jean-Marie Colombani au sein du Monde (et de son émission « La rumeur du Monde » sur France Culture) et du Courrier International (1992-2002).

    Son départ précipité de ce journal, serait dû à « un « bloc-notes » très controversé et intitulé « Tournant en Allemagne ? » et qui portait « sur la place des juifs dans ce pays. » [2] Mais, rassurant ses adorateurs, il a précisé : « Depuis le 11 septembre, je suis en guerre. (...) Dans ce nouveau combat pour moi, et qui n’était plus seulement intellectuel, je dus quitter Courrier International et Le Monde, le second avec regret, le premier avec un regret mêlé de soulagement. (...) Je ne pouvais guère, en ces temps de radicalisation, me retrouver coude à coude avec ceux qui combattent la mondialisation, la démocratie américaine et Israël. » [3]

    Aujourd’hui, Alexandre Adler côtoie l’équipe du Figaro et de France Culture et collabore au site proche-orient.info. Présent sur La Cinquième le temps de quelques cours d’histoire (aux côtés de Colombani), on le voit souvent aussi sur Arte et plus récemment sur la chaîne satellite catholique TV KTO. Il concourt régulièrement à de nombreux « vrai-faux débats » télévisés sur la géopolitique et les conflits internationaux, et n’hésite pas, comme tout le monde, à aller parader chez Thierry Ardisson (19/06/2004).

    En somme, Adler a croisé Serge July, Claude Imbert, Bernard-Henri Lévy, Alain Duhamel, Jean-François Revel, Jacques Attali, Denis Jeambar, Jean-Marie Cavada, Laure Adler, Jean-Marie Colombani, Alain Minc, Edwy Plenel et Yves de Chaisemartin dans un cadre purement professionnel... qui en dit long sur la profession en question. Telle une araignée « affamée », « l’expert » tisse la toile de son cercle proche, puis de son réseau d’amitiés. Toutes ces portes d’entrée sur le monde médiatique et politique lui permettent de toujours trouver tribune pour ses proses, micro pour ses paroles et caméra pour ses gesticulations.

    Un parcours politique « cohérent »

    Appelant à voter communiste lors des élections européennes de juin 1979 [4], encarté chez les communistes jusqu’en 1980 [5], appartenant « corps et biens [...à] la Gauche française », s’insurgeant contre les technocrates de droite, ces « fascistes en cravates [qui] peuplent les cabinets ministériels » [6] ; il a, comme beaucoup, sous le règne de François Mitterrand, vendu son âme à la mondialisation de l’économie de marché et s’est installé sur la très vaste planète du « centre-gauche ».

    Cette planète est tellement vaste, qu’il vote pour le candidat Jacques Chirac en 1995 en précisant avec une grande clarté : « Nous (Adler et sa femme Blandine Kriegel) ne sommes pas des gens de droite [...mais] le malheur des temps oblige à siéger à droite. » [7] Les temps sont durs !

    Pourtant vingt ans auparavant le jeune Adler affirmait : « c’est l’historien en moi qui croit aux coups de force de la prévision, et il avait prophétisé que « seules les forces de gauche sont sur ce continent porteuses de potentialités culturelles capables de cimenter l’Europe. » [8]

    Mauvaise prophétie ou reniement idéologique ? Peu importe puisqu’il soutient Jacques Chirac pendant sa campagne présidentielle de 1995 sur le thème démagogique de la « fracture sociale » et une fois que celui-ci entreprend de reprendre les essais nucléaires pour la France, il commet un dossier sur le thème « A quoi sert la bombe ? , en exprimant la nécessité de cette relance car « il n’y a pas d’arsenal nucléaire sérieux sans des tests répétés de bon fonctionnement ». Il explique alors, dans une de ses interminables tirades, qu’il en est de l’indépendance du « pouvoir gaulliste restauré » et de sa « souveraineté face à une opinion humanitaire mondiale peu informée. » [9]

    Il est alors accueilli de façon régulière, en tant que courtisan - et accessoirement expert, à la table de Jacques Chirac [10]. Après avoir été un temps dans le cercle proche de Philippe Seguin, il se retrouve de nouveau dans l’entourage du parti socialiste lors des séminaires de Florence à la gloire de l’OMC et du néo-libéralisme en tant qu’« invité personnel » de Lionel Jospin [11].

    Très courtois envers les seniors, il rend hommage à Valéry Giscard d’Estaing, doté d’une « intelligence brillante », et à son très libéral projet de constitution européenne qui correspond « au meilleur équilibrage possible », voir à « un miracle d’équilibre. » [12] Il est loin le temps où il espérait et croyait « à un retournement de la conjoncture (...) qui mette fin dans l’opprobre à l’équipe nixonienne des Giscard et consorts. » [13]

    Toujours dans l’entourage des princes du monde, il participe à une conférence pour la fondation Prince Pierre de Monaco le 14 octobre 2002, peu de temps après Alain Duhamel et avant Guy Sorman. Puis, lors de la nomination de Nicolas Sarkozy à Bercy, il courtise l’homme politique du moment en participant à un déjeuner avec d’autres professionnels de la pensée jetable, dont André Glucksmann, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Alain-Gérard Slama, André Comte-Sponville et Philippe Sollers [14].

    Aujourd’hui, il devient de plus en plus délicat de percevoir les réelles opinions politiques de notre girouette pensante, d’autant que pour lui le « général Massu était l’un des hommes les plus à gauche de toute l’armée française. » [15]

    Un parcours idéologique « moderne »

    La mutation (a)typique du versatile Adler s’est aussi opérée prodigieusement sur le plan des options idéologiques en économie.

    Après avoir été un historien proche du Parti Communiste Français, il s’est métamorphosé en invité « officiel » des grandes entreprises, allant discuter avec les cadres du groupe Vivendi [16], se produisant, en tant qu’invité d’honneur, dans les salons du jockey Club à Paris, le jeudi 13 décembre 2001, devant un parterre d’hommes d’affaires et de diplomates [17], avant de discourir aux Universités d’été du MEDEF en 2002 et 2003.

    Réincarné en grand adepte de la mondialisation libérale, il présume cyniquement que celle-ci renforcera les structures des démocraties : « la mise en marche, parfaitement compatible, d’un marché de consommation unifié gigantesque en Asie, et d’une capacité financière et technologique prodigieuse en Amérique, en Europe et en Russie peut créer la toile de fond du triomphe de la démocratie. » [18] D’ailleurs, pour lui le marché « a une valeur morale : il attribue la prime au meilleur et permet l’utilisation optimale des biens rares. » [19]

    Récapitulons : Brejnévien sous Brejnev, centre-gauche sous Mitterrand, rocardien sous Rocard, chiraquien sous Chirac, proche de Jospin sous Jospin, de droite sous la Droite...Mais surtout, depuis plus de vingt ans, partisan de l’économie de marché sous le libéralisme triomphant. Dans une conversation matinale avec le directeur du Monde Jean-Marie Colombani, Alexandre Adler affirme une bonne fois pour toute « je ne vote pas à gauche ! » [20] Cette fois c’est clair...

    Convive perpétuel de tous les médias, courtisan successif de tous les pouvoirs politiques et, pour finir, zélateur de la mondialisation libérale, Alexandre Adler est emblématique de la place qu’occupent dans l’espace médiatique les idéologues professionnels qui se défendent de toute idéologie : car, voyez-vous, ils pensent pour nous.

    Mathias Reymond

  • http://www.acrimed.org/article1785.html



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    Alexandre Adler, portrait d’un omniscient

    Ancien élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé d’histoire, considéré par de nombreux journalistes comme la référence en matière de géopolitique et de conflits internationaux, Alexandre Adler, ancien éditorialiste à Libération, au Monde, à L’Express et au Point, est présenté comme un commentateur avisé par ses confrères. Ils lui décernent le Prix du livre politique 2003 pour J’ai vu finir le monde ancien... Un prix où nombre des lauréats ont été précédemment membres du jury (1).

    Nul ne nie l’immense culture d’Alexandre Adler, dont la panoplie des connaissances embrasse l’histoire des Etats-Unis, le conflit du Proche-Orient, sans oublier la Russie, l’Amérique latine et l’Afrique. Cette science lui permet d’expliquer successivement que la victoire électorale de M. Silvio Berlusconi en 2001 est une « catastrophe morale. (...) On peut rapprocher les figures de Mussolini et de Berlusconi » (Courrier international, 3 mai 2001), avant de se reprendre : « La victoire totale de Berlusconi permet de liquider enfin la Ligue (...). C’est en soi une victoire de la démocratie. » (L’Expansion, 23 mai 2001.)

    Une lecture attentive des écrits et des chroniques de l’actuel éditorialiste de France-Culture et du Figaro ouvre au lecteur d’autres surprises (2). Son condensé de l’histoire du XXe siècle italien paru dans Le Monde du 30 octobre 1998 fut tellement décrié dans la Péninsule qu’il valut à Alexandre Adler une réfutation détaillée du Corriere della Sera (4 novembre 1998). Quand, portant son attention sur un autre continent, notre spécialiste avança que « le franc CFA (...) est la monnaie de presque toute l’Afrique occidentale, à l’exception, jusqu’ici, du Nigeria (3) », il oublia de citer le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone, la Gambie et la Guinée. Autre continent, autre problème : l’historien de formation n’hésite pas à prétendre que les Américains « ont songé à s’emparer du Canada en 1812, mais ils y ont renoncé assez vite, car ils ne voulaient pas en fin de compte intégrer un bloc de population francophone aussi important (4) ». Les spécialistes canadiens précisent que, loin d’avoir spontanément changé d’avis, les Américains furent repoussés lors de batailles, comme celle de Châteauguay (5).

    Présent dans les « cercles de la raison », proche du pouvoir, Alexandre Adler évoque rarement la provenance des confidences qui parsèment ses analyses. Son Odyssée américaine est un ouvrage de 319 pages agrémenté en tout et pour tout d’une vingtaine de notes de référence... et sans bibliographie. Lorsque l’auteur évoque le Venezuela et son électorat populaire – « Notons qu’il reste 40 % de chavistes dans les couches les plus pauvres du Venezuela » (p. 202) –, il ne précise pas l’origine des chiffres qu’il avance. Réalisée au même moment par la société américaine Evans-McDonough, une enquête, pourtant peu encourageante pour le régime, estimait que 54 % des sondés des milieux populaires s’opposaient à la révocation du président. Laquelle fut repoussée par 59,6 % des électeurs, toutes classes confondues...

    Assurément, Alexandre Adler ne peut être spécialiste de tous les sujets ; ses chroniques régulières dans un nombre important de médias ne lui laissent pas autant de temps qu’il le souhaiterait pour enquêter. En 2001, entre les deux guerres du Golfe, il décrète que la population irakienne « ne souffre pas des bombardements (6) »... Trois ans plus tard, quand il avance que Yasser Arafat est « un dictateur arabe classique qui ne veut voir qu’une tête » (France-Culture, 14 décembre 2004), il omet de préciser que ce « dictateur » avait été largement élu à la direction de l’Autorité palestinienne.

    Elu en 1998 et ayant triomphé de neuf scrutins successifs, M. Hugo Chávez ne serait, lui, qu’un « populiste quasi fasciste » (France-Culture, 3 mai 2005), un « gorille » ou un « primate » (Le Figaro, 11 mai 2005) ou un « semi-dictateur »… qui « vient de passer une nouvelle frontière en inculpant et en incarcérant plusieurs de ses opposants les plus notoires comme l’ancien président social-démocrate Carlos Andrés Pérez » (France-Culture, 3 mars 2005). Quand il qualifie cet acte d’« arbitraire », Alexandre Adler n’indique pas que M. Pérez a été destitué de la présidence de la République du Venezuela en 1993, poursuivi par la justice pour malversation financière aggravée, ni, surtout, qu’il n’a nullement été incarcéré, pour la bonne et simple raison qu’il vit en exil (doré), faisant la navette entre Saint-Domingue et Miami.

    Notre spécialiste assure, en juin 2004, que la création d’un Etat en Cisjordanie et à Gaza « va représenter pour les Palestiniens un objectif qui fera baisser la tension au Proche-Orient, mais pas énormément, puisque la majorité des Palestiniens continuent à souhaiter la destruction totale d’Israël (7) ». La revue L’Arche, qui n’a pas l’hostilité à l’égard d’Israël comme marque de fabrique, rendait pourtant compte en janvier 2005 d’une étude réalisée par le Jerusalem Media & Communication Center (JMCC) auprès de 1 200 adultes de la population palestinienne. Elle indiquait que 57 % des personnes interrogées étaient favorables à l’instauration de deux Etats côte à côte. Et, en juin 2004, le JMCC soulignait déjà que le nombre souhaitant « la destruction totale d’Israël » ne s’élevait qu’à 11 % (8). Une « majorité des Palestiniens » toute relative donc...

    Alexandre Adler apprécie les rapprochements insolites. Il a signalé aux auditeurs de France-Culture que la « campagne [d’attentats du Hamas] a fait plus de morts en trois mois que l’ETA en vingt-cinq ans » (19 octobre 2004). Il a également mêlé M. Oussama Ben Laden, la capitulation franco-britannique de 1938 à Munich et la victoire électorale de M. José Luis Zapatero en Espagne : « Ben Laden vient de remporter une victoire stratégique importante. (...) L’électorat a voté pour la trouille, pour le renoncement, pour Munich. Donc le terrorisme parvient à ses fins, il est justifié puisqu’il obtient des résultats spectaculaires » (France-Culture, 15 mars 2004).

    Eprouvant une certaine animosité à l’égard des altermondialistes – des « ennemis de la liberté » –, Alexandre Adler admet détester M. José Bové, sa « bête noire attitrée » (France-Culture, 15 avril 2005). Le rapprochant du dirigeant fasciste français Henri Dorgères, il l’a qualifié d’« espèce d’avatar de Poujade touché par la métaphysique heideggérienne et allumé par une mystique pseudo-gandhienne (9) ». Cette technique d’association de noms communs-noms propres paraît caractériser la prose de notre auteur. Elle enfante des trouvailles pittoresques : Laurent Fabius symboliserait un « nouveau césarisme tribunicien » ; le combat du sous-commandant Marcos s’apparenterait à un « opéra-bouffe zapatiste », etc. (Le Figaro, 15 septembre 2004, et Le Monde, 23 novembre 2000).

    Souvent présenté comme un visionnaire de génie, notre expert a accumulé les prévisions malencontreuses. Le 14 avril 2001, il annonce sur France-Culture que « George W. Bush va rentrer en conflit avec l’aile conservatrice de son parti et il s’y prépare ». Sitôt après les attentats du 11-septembre, le doute n’est pas permis : « Bien sûr, le Pakistan est en guerre avec les Etats-Unis (...) L’Inde est prête à aider les Américains à détruire l’armée pakistanaise. » (Radio J, 20 septembre 2001). Au lendemain de l’intervention militaire américaine en Irak, Adler assène : « Il est plus raisonnable de penser que ces armes biologiques et chimiques ont existé. (...) Saddam Hussein (...) a préféré les enterrer profondément (...) ou en détruire un grand nombre (...), ce qui évidemment ridiculiserait Américains et Anglais (10). » Un an plus tard, il affirme encore que « Bush n’a pas menti (...) il croyait sincèrement à la présence effective d’armes de destruction massive en Irak » (Le Figaro, 6 septembre 2004).

    Pour l’élection américaine de 2004, notre spécialiste avait annoncé la victoire de M. John Kerry : « Quitte à devenir la risée de mes lecteurs en novembre : Kerry va gagner d’une courte tête, ce sera donc l’élection de l’an 2000 inversée ! » (Le Figaro, 6 septembre 2004). Il affina son pronostic : « Je suis convaincu que le candidat démocrate disposera d’une avance d’une dizaine, voire d’une vingtaine de délégués » (il faisait sans doute référence aux grands électeurs).

    Un mois avant le déclenchement des opérations anglo-américaines en Irak, l’expert avait suggéré : « La guerre n’aura peut-être tout simplement pas lieu » (Le Figaro, 8 mars 2003). L’explication suivait : « Cette conviction que nous avons repose sur une observation minutieuse de certains faits, sur certaines hypothèses que tout le monde ne partage pas, mais aussi sur des intuitions et des appréciations psychologiques, qui, elles, pourront s’avérer erronées. » Alexandre Adler ajoutait : « Au lecteur de juger sur pièces. »

    (1) Le jury de l’année 2003 était présidé par Philippe Sollers et composé de plusieurs journalistes et éditorialistes multicartes tels Bernard Guetta, Alain-Gérard Slama, Laurent Joffrin (qui obtint le prix en 2002), Jean-Pierre Elkabbach...

    (2) Voir une biographie critique d’Alexandre Adler sur le site d’Acrimed (Action - Critique - Médias).

    (3) L’Odyssée américaine, Paris, Grasset, 2004, p. 40.

    (4) J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Grasset, 2002, p. 53.

    (5) Voir par exemple le site « War of 1812 ».

    (6) France-Culture, 6 octobre 2001, cité dans PLPL (Pour lire pas lu), n° 11, octobre 2002.

    (7) Interview pour le Fonds social juif unifié.

    (8) http://www.jmcc.org/publicpo ll/opin...

    (9) J’ai vu finir le monde ancien, op. cit., p. 69.

    (10) France-Culture, 21 juillet 2003, cité dans Le Canard enchaîné du 23 juillet 2003.

    Mathias Reymond.

  • http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/REYMOND/12563



  • 2005/08/15

     

    Les origines du désordre présent, par Zbigniew Brzezinski en janvier 1998

    Pour nous rafraîchir la mémoire: les origines du désordre présent, par Zbigniew Brzezinski en janvier 1998

    Peu après l’attaque du 11 septembre 2001 et avec l’attaque américaine contre l’Afghanistan qui suivit, certains avaient ressorti cette courte interview de Zbigniew Brzezinski au Nouvel Observateur (n°1732), du 15 janvier 1998. Nous pensons qu’il est utile de la rappeler, alors que pas un iota n’a été retiré aux stupides assertions officielles sur le diable, le Mal, le “choc des civilisations”, le terrorisme dans sa quasi-fatalité islamiste et ainsi de suite, depuis les presque-quatre années après 9/11. Il y a l’incroyable et obscène publicité faite aux attentats de Londres (7 et 21 juillet), réussis et ratés, et à leur suite policière, tout cela relevant directement et indirectement d’une politique d’une inconséquence rarissime dans l’histoire de la diplomatie (la guerre en Irak) et présenté comme s’il s’agissait de “la bataille d’Angleterre” de l’été 1940. Parallèlement et dans l’indifférence obstinée quant aux causes de ces drames, les Anglo-Saxons continuent en Irak et en d’autres lieux divers à créer et à alimenter le chaos, la mort, la désolation et l’illégalité, tout ce qui est l’essence du terrorisme après tout, sur une échelle infiniment plus grande. Tout cela mérite amplement le rappel de ce petit échange de questions-réponses de 1998.

    Brzezinski fut le conseiller pour la sécurité nationale du président Jimmy Carter, de 1977 à 1981. A ce poste, il fut l’un des animateurs du prologue et du lancement de l’aide américaine aux moudjahiddines luttant contre les communistes en Afghanistan (effectivement: “contre les communistes” en général ; d’abord contre le régime communiste de Babrak Karmal puis, à partir de décembre 1979, contre les Soviétiques de l’Armée Rouge également). Cette politique a été souvent décrite comme l’événement créant le Osama Ben Laden présenté depuis comme le cerveau d’une offensive mondiale de terrorisme. Elle prit, avec Reagan et son directeur de la CIA Bill Casey, des proportions considérables, accentuant l’effet initial voulu par Brzezinski et l’administration Carter (l’accentuation de la lutte contre les Soviétiques passant par le renforcement des structures de l’extrémisme islamiste). C’est effectivement de là que datent le développement et la mise en place, et l’équipement militaire initial également, de la nébuleuse islamiste qu’on considère aujourd’hui, dans les milieux de la pensée conformiste globalisée, comme la première menace contre la civilisation. « Sottises! » répond, comme par avance, Zbigniew Brzezinski en 1998. Il a par avance raison bien qu’il se garde bien, aujourd’hui, de répéter ce jugement de 1998. Le conformisme est devenu, aujourd’hui à Washington comme à Londres et à Paris, un régime de terreur intellectuelle qu’il est risqué de défier.

    Certes, personne de sérieux, en 1998, à Washington, n’aurait contredit Brzezinski sur le fond, malgré l’insistance de l’intervieweur. Aujourd’hui, rappeler ces déclarations de Brzezinski pourrait représenter un cas d’une condamnation sans appel, avec effet rétroactif s’il le faut. Restent la réalité, les faits, les manigances, les intentions, — bref, ce qui fait ici la cause première de l’enchaînement menant aux événements du 11 septembre 2001 et après. Il est bon de se rappeler jusqu’à quel point, et à quelle profondeur, avec quel zèle, quelle absence de défiance, les Américains ont semé les graines dont ils récoltent aujourd’hui les fruits amers. Si ce n’est de la prédestination, cela y ressemble.

    Voici donc la courte interview de Zbigniew Brzezinski parue dans Le Nouvel Observateur du 15 janvier 1998, lorsque tout le monde s’intéressait fort peu à l’implication des révélations qu’il y fait.



    “Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes...”



    Le Nouvel Observateur. — L'ancien directeur de la CIA Robert Gates l'affirme dans ses Mémoires (1) : les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l'intervention soviétique. A l'époque, vous étiez le conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité ; vous avez donc joué un rôle clé dans cette affaire. Vous confirmez?

    Zbigniew Brzezinski (2). — Oui. Selon la version officielle de l'histoire, l'aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c'est-à-dire après que l'armée soviétique eut envahi l'Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu'à présent, est tout autre : c'est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j'ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu'à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques.

    N. O. — Malgré ce risque, vous étiez partisan de cette “covert action” [opération clandestine]. Mais peut-être même souhaitiez-vous cette entrée en guerre des Soviétiques et cherchiez-vous à la provoquer?

    Z. Brzezinski. — Ce n'est pas tout à fait cela. Nous n'avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu'ils le fassent.

    N. O. — Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu'ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des Etats-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité... Vous ne regrettez rien aujourd'hui?

    Z. Brzezinski. — Regretter quoi? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d'attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j'ai écrit au président Carter, en substance : “Nous avons maintenant l'occasion de donner à l'URSS sa guerre du Vietnam.” De fait, Moscou a dû mener pendant presque dix ans une guerre insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l'éclatement de l'empire soviétique.

    N. O. — Vous ne regrettez pas non plus d'avoir favorisé l'intégrisme islamiste, d'avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes?

    Z. Brzezinski. — Qu'est-ce qui est le plus important au regard de l'histoire du monde? Les talibans ou la chute de l'empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l'Europe centrale et la fin de la guerre froide?

    N. O. — “Quelques excités”? Mais on le dit et on le répète: le fondamentalisme islamique représente aujourd'hui une menace mondiale.

    Z. Brzezinski. — Sottises! Il faudrait, dit-on, que l'Occident ait une politique globale à l'égard de l'islamisme. C'est stupide: il n'y a pas d'islamisme global. Regardons l'islam de manière rationnelle et non démagogique ou émotionnelle. C'est la première religion du monde avec 1,5 milliard de fidèles. Mais qu'y a-t-il de commun entre l'Arabie Saoudite fondamentaliste, le Maroc modéré, le Pakistan militariste, l'Egypte pro-occidentale ou l'Asie centrale sécularisée? Rien de plus que ce qui unit les pays de la chrétienté...

    Propos recueillis par Vincent Jauvert

    (1) From the Shadows, par Robert Gates, Simon and Schuster. (2) Zbigniew Brzezinski vient de publier Le Grand Echiquier, Bayard Editions.


    [Notre recommandation est que ce texte doit être lu avec la mention classique à l'esprit, — “Disclaimer: In accordance with 17 U.S.C. 107, this material is distributed without profit or payment to those who have expressed a prior interest in receiving this information for non-profit research and educational purposes only.”.]


  • http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1793







  • 2005/08/14

     

    Bernard Kouchner mentait...

    Oui, Bernard Kouchner mentait...
    par Michel Collon

    Le co-auteur d'un des plus gros médiamensonges des années 90 vient d'avouer. Instructif pour l'avenir, car les trucs de manipulation sont toujours les mêmes...

    Flash-back. Eté 92, guerre en Bosnie. Bernard Kouchner et ses « Médecins du monde » diffusent dans la presse et sur les murs de Paris une pub, frappante et coûteuse. La photo - montage présente des « prisonniers » d'un camp serbe en Bosnie. Derrière des barbelés. Kouchner y accole l'image d'un mirador d'Auschwitz. Son texte accuse les Serbes d' « exécutions en masse ».

    Info ou intox ? Intox, reconnaît Kouchner douze ans plus tard. Son récent livre autopublicitaire, Les guerriers de la paix, relate une entrevue avec Izetbegovic (le dirigeant nationaliste musulman au pouvoir à l'époque à Sarajevo), sur son lit de mort :

    - Kouchner : C'étaient d'horribles lieux, mais on n'y exterminait pas systématiquement. Le saviez-vous ?
    - Izetbegovic : Oui. L'affirmation était fausse. Il n'y avait pas de camp d'extermination quelle que fût l'horreur des lieux. Je pensais que mes révélations pourraient précipiter les bombardements.

    Ce médiamensonge a effectivement fait basculer l'opinion vers le soutien aux bombardements. Toute la presse occidentale l'avait diffusé massivement
    Mais le récent démenti a été passé sous silence. Le public ne peut savoir qu'il a été roulé.

    Le demi-aveu de Kouchner et ce silence médiatique posent des questions cruciales :

    1° Kouchner savait-il bien plus tôt ?
    Réponse : Oui. Dès 1993, un journaliste de France 2, Jacques Merlino, révélait la supercherie dans un bouquin au titre éloquent « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ». Il y interviewait le directeur de Ruder Finn, agence US de relations publiques. Lequel, très fier, avouait avoir monté de toutes pièces la campagne des « camps d'extermination » :
    « Nous avons circonvenu trois grandes organisations juives : B'nai B'rith, American Jewish Committee et American Jewish Congress. Aussitôt, nous avons pu dans l'opinion publique faire coïncider Serbes et nazis. Le dossier était complexe, personne ne comprenait ce qu'il se passait en Yougoslavie, mais d'un seul coup, nous pouvions présenter une affaire simple avec des
    bons et des méchants. »

    En mentant, fait observer le journaliste ! Réponse : « Nous sommes des professionnels. Nous ne sommes pas payés pour faire la morale. »

    Donc, Kouchner savait depuis longtemps et ce n'est pas joli - joli d'à présent mettre toute la faute sur le dos d'un mort.

    2° Les médias ont-ils enterré les preuves de la supercherie ?
    Réponse : Oui. Un journaliste allemand Thomas Deichman a montré dès 1994 que l'image des barbelés était truquée, que les « prisonniers » n'étaient pas enfermés. En fait, elle était tirée d'un reportage ITN où ils déclaraient être bien traités, mais la journaliste avait coupé ces
    déclarations !
    On trouvera l'affiche de Kouchner, les commentaires de Deichmann, et notre
    exposé des trucages dans notre livre Poker menteur. Daté de 1998. Donc, il ne fallait pas attendre aujourd'hui pour rectifier :
    http:// www.michelcollon.info/display.php?image=img/tm/tm_yougo34.jpg

    Dans un reportage-vidéo « Sous les bombes de l'Otan » (1999), nous avions aussi présenté les images tournées par une télé locale, qui démontraient la tricherie du reportage ITN.

    3° Kouchner a-t-il été protégé, même par des « critiques de médias » ?
    Réponse : Oui. Un exemple : Daniel Schneidermann (Arrêts sur images, France 5) nous avait contacté sur ce dossier, puis nous a écarté du débat pour ne pas nuire à Kouchner.
    On n'a pas non plus interrogé ses médiamensonges sur le Kosovo et son bilan catastrophique dans cette province. Nous disons bien : médiamensonges, et non erreurs. Son plan de carrière visant le poste de secrétaire - général de l'ONU, il lui faut tout faire pour plaire aux USA.

    4° Pourquoi fallait-il présenter une histoire « simple », mais fausse ?
    Pour cacher la responsabilité des grandes puissances occidentales dans ce conflit :
    -Depuis 1979, la CIA allemande soutenait des extrémistes pour faire éclater la Yougoslavie.
    -En 1989, le FMI avait mis la pression néolibérale pour éliminer l'autogestion et les droits travailleurs, excitant la crise et les nationalismes.
    -En 1991, l'Allemagne avait armé les extrémistes croates et musulmans avant la guerre.
    -De 1992 à 1995, les Etats-Unis ont délibérément prolongé le conflit, comme en atteste l'envoyé spécial européen en Bosnie, lord Owen.
    http://www.michelcollon.info/reponses_tm.php
    -Pour quels intérêts, toutes ces manoeuvres ? Eliminer un système social trop à gauche, mais aussi contrôler les Balkans stratégiques et les routes du pétrole.

    5° S'agit-il de nier tous les crimes commis ?
    Pas du tout, mais lorsque nos gouvernements cherchent à nous entraîner par une propagande de guerre « bons contre méchants », il est important de repérer leurs intérêts cachés. Et leurs trucages d'infos. Par exemple, s'agissant des camps de prisonniers en Bosnie, l'ONU en avait recensé six croates, deux serbes et un musulman. Et c'étaient plutôt des camps de regroupement en vue d'échanges, et non des camps d'extermination. Mais, les nationalistes croates et musulmans étant "nos" alliés, ou plutôt "nos" agents, Kouchner, Bernard-Henri Lévy et autres invités médiatiques permanents les ont mensongèrement blanchis.

    Il faudrait juger les criminels de guerre. Tous les criminels de guerre, dans tous les camps. Mais pas par des tribunaux bidons mis sur pied par une justice des vainqueurs où les USA et l'Otan se placent d'office au-dessus de la loi et même carrément hors-la-loi puisqu'ils violent la Charte de
    l'ONU à tour de bras.

    6° Y a-t-il eu d'autres médiamensonges « réussis » dans cette guerre ?
    Oui. Un seul exemple. Quand l'Otan a commencé à bombarder la Yougoslavie, en 1999, elle a affirmé réagir à ce qu'elle appelait un « massacre de 40 civils » par l'armée yougoslave, à Racak, village du Kosovo. Mais Belgrade parlait d'un combat entre deux armées, provoqué par les forces séparatistes albanaises. L'ONU avait commandé un rapport à une commission de légistes
    dirigée par un docteur finlandais, Madame Ranta. Celle-ci a confirmé la thèse de Belgrade. Mais aucun média n'en a parlé. Le médiamensonge reste intact pour l'opinion.

    Pourquoi ? Parce que les médiamensonges de Kouchner, BHL et Cie ont permis de diviser la gauche et de l'empêcher de s'opposer à une guerre en réalité injuste. L'opinion publique, ça se travaille. Et la prochaine fois, ça recommencera.

  • http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2005-03-28%2019:13:34&log=articles








  • 2005/07/28

     

    L'Assemblée Nationale n'est pas représentative



    Sondage: 78% des Français estiment que l'Assemblée n'est pas représentative

    PARIS (AP) - Près de huit Français sur dix, soit 78%, estiment que l'Assemblée nationale n'est pas représentative de l'opinion des Français, selon un sondage BVA publié lundi par "Le Figaro".

    Seuls 18% des sondés estiment que l'Assemblée nationale est représentative de l'opinion des Français, tandis que 4% ne se prononcent pas.

    [...]

    Ce sondage a été réalisé par téléphone les 1er et 2 juillet auprès d'un échantillon national de 958 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. AP

  • http://fr.news.yahoo.com/050725/5/4ijo0.html

  • 2005/07/26

     

    Lettre de Ben Gourion à Moshe Sharett l’incitant à exécuter un plan de démembrement et déstabilisation du Liban.

    Lettre de Ben Gourion à Moshe Sharett, Premier ministre à l’époque, l’incitant à exécuter un plan de démembrement et déstabilisation du Liban. Elle parut dans les mémoires de ce dernier, publiées en 1979 après sa mort, par son fils, malgré les protestations du gouvernement israélien.


    « Sdé-Boker, le 27 février 1954

    Moshe,

    En quittant le gouvernement, j’avais décidé de ne pas interférer dans les affaires politiques courantes. Et si vous ne m’aviez pas appelé, toi, Lavon et Moshe Dayan, je ne vous aurais pas donné mon opinion. Mais à partir du moment où vous avez fait appel à moi, j’ai considéré qu’il était de mon devoir de faire ce que vous me demandiez, en particulier vis-à-vis de toi qui es chef du gouvernement. C’est pourquoi je me permets de revenir sur une affaire où te ne partages pas mon opinion. Il s’agit de l’affaire du Liban.

    Sans aucun rapport avec les événements courants (entre-temps Neguib a été de nouveau désigné président de l’État, c’est là une disposition très habile de Nasser et de sa bande), il est clair que le Liban est le maillon le plus faible dans la chaîne de la Ligue arabe. Hormis les coptes, toutes les autres minorités du monde arabe sont musulmanes. Mais l’Egypte est le pays le plus compact et le plus solidement établi de tous les Etats arabes, la très large majorité y constitue un bloc très solide, véritablement de même race, de même religion et de même langue. La minorité chrétienne ne peut réellement y remettre en cause l’entité politique et la nation. Cela n’est pas le cas des chrétiens du Liban. Ils représentent la majorité dans le Liban historique, et cette majorité a une tradition et une culture radicalement différentes de celles des autres populations de la Ligue. Même dans ses frontières élargies (et c’est bien la plus grave des fautes qu’ait commises la France que d’avoir élargi les frontières du Liban), les musulmans ne sont pas libres de leurs mouvements par peur des chrétiens, bien qu’étant peut-être majoritaires (et je ne sais pas s’ils le sont).

    La constitution d’un Etat chrétien est dans ces conditions quelque chose de naturel. Il aurait des racines historiques, et serait soutenu par des forces importantes dans le monde chrétien, aussi bien catholiques que protestantes. En temps normal, c’est quelque chose de presque impossible à réaliser, avant tout à cause de l’absence d’initiative et de courage des chrétiens. Mais dans des situations de confusion, de troubles, de révolution ou de guerre civile, les choses changent, et le faible peut se prendre pour un héros. Il est possible (en politique, il n’y a jamais de certitude) que maintenant le moment soit favorable pour provoquer la création d’un Etat chrétien à nos côtés. Sans notre initiative et notre aide, la chose n’aura pas lieu. Je pense qu’actuellement c’est notre tâche essentielle (c’est Ben Gourion qui souligne) ou tout du moins l’une (idem) des tâches essentielles de notre politique extérieure, et il faut investir des moyens, du temps, de l’énergie, et agir par tous les moyens de nature à entraîner un changement fondamental au Liban.

    Il faut mobiliser Eliahou Sasson et tous nos arabisants. S’il y a besoin d’argent, il ne faut pas compter des dollars, même s’il se révèle que l’argent aura été dépensé à fonds perdus. Il faut se concentrer de toutes nos forces sur cet objectif. Pour cela, peut-être faut-il faire immédiatement venir Reouven Shiloah. Manquer cette occasion historique ne serait pas pardonnable. Il n’y a de notre part aucune provocation à l’égard des Grands de ce monde. De toute manière, nous ne devons jamais agir “au nom” de quiconque. Et il faut, selon moi, agir rapidement, à toute vapeur.

    Sans un rétrécissement des frontières du Liban, cela n’est bien entendu pas réalisable. Mais, si l’on trouve des gens et des éléments au Liban qui se mobilisent pour la création d’un Etat maronite, ils n’ont pas besoin de larges frontières ni d’une population musulmane importante, et ce n’est pas cela qui sera gênant.

    Je ne sais pas si nous avons des gens au Liban, mais il y a toutes sortes de moyens pour réaliser la tentative que je propose.

    Bien à toi »

  • http://www.aschkar.org/article49.html




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